L’Express ouvre ses colonnes à d’autres approches du cancer

10 mars 2014

Près de deux tiers (65%) des Français estiment que le cancer se guérit de mieux en mieux selon l’enquête Baromètre Cancer 2013, révélée aujourd’hui par Viavoice et l’Institut Curie.

Pour Sylvie Dolbeault, psychiatre et responsable de l’unité de psycho-oncologie du département interdisciplinaire de soins de l’Institut Curie, cette confiance s’explique par la réussite de nouvelles thérapeutiques alternatives, comme le yoga, la sophrologie ou l’hypnose.

Deux Français sur trois estiment que les approches complémentaires sont importantes en complément des traitements médicaux du cancer. Que vous inspire ce chiffre ?

Il illustre bien le succès de ces approches auprès des patients. Ceux-ci veulent qu’on les considère en tant que personnes, et pas uniquement en tant que cancéreux ou cancéreuses. Le monde hospitalier apparait encore parfois trop technique, trop spécialisé. En cancérologie, il y a beaucoup de très bons spécialistes qui ne prennent pas toujours le temps d’expliquer leur travail, et le patient peut parfois se sentir tenu à l’écart.

D’ailleurs, six français sur dix (59%) accordent une importance majeure à l’accompagnement psychologique. Je trouve ce chiffre relativement élevé, même si le mot « psy » a encore une consonance négative pour pas mal de gens. D’où l’intérêt de la communication entre le patient et son médecin. On peut toujours faire des progrès dans ce domaine.

Vous êtes psycho-oncologue. En quoi consiste votre discipline ?

La psycho-oncologie est la prise en charge psychologique et psychiatrique des gens souffrant d’un cancer, pendant et après le traitement. Elle est exercée par des professionnels de la psychologie formés à la cancérologie. Voilà pour la définition.

De façon plus pratique, nous essayons de repérer le plus tôt possible les besoins psychologiques des patients. Notre rôle est de les aider à surmonter leurs problèmes en rapport avec le cancer. Si le problème est antérieur à la maladie, on les redirige vers d’autres professionnels de la psychologie, extérieurs à l’hôpital.

Le but est de limiter l’utilisation de médicaments, qui peuvent entraîner des effets secondaires, mais aussi de permettre au patient de reprendre au maximum en main son traitement. Il ne doit pas le subir.

Les premiers contacts avec les patients sont très importants pour évaluer les besoins psychologiques de chacun. Les infirmières ont ici un rôle central.

La prise en charge varie donc selon le patient ?

Bien sûr. Nous sommes à l’écoute de leurs expériences, car tous ne sont pas sensibles aux mêmes pratiques. Les différentes approches sont autant d’outils de travail pour que le patient apprenne à mieux gérer son stress, sa douleur, ses nausées après les chimiothérapies.

Par exemple, des séances d’hypnose, avec un médecin formé à cette technique, peuvent aider à la gestion de douleurs chroniques. Mais pour d’autres, des exercices de relaxation seront plus efficaces.

Les patients ont-ils en majorité recours à ces approches ?

Non, il n’y jamais plus de 10% des patients suivis en psycho-oncologie.

Pour quelles raisons ?

D’abord parce que tout le monde n’en a pas besoin. Ensuite, il y a un problème de moyens financiers. Ces approches sont très peu reconnues par les autorités sanitaires à l’heure actuelle, et elles ne sont pas prises en charge par la Sécurité sociale. Le prochain défi est de les faire reconnaître, comme les soins palliatifs il y a une quinzaine d’années. Des études commencent à montrer leur rôle positif.

Enfin, il arrive aussi qu’on repère des patients qui vont mal mais qui refusent de voir un psy. C’est même assez fréquent.

Comment l’expliquez-vous ?

Certains pensent toujours qu’avoir recours à nos services est un aveu de faiblesse, ou pire, de folie. Après discussion, c’est le patient qui décide, nous devons respecter son choix.

L’étude montre que les jeunes accordent plus d’importance à ces techniques que leurs aînés, et les femmes plus que les hommes.

Oui, et ces chiffres ne m’ont pas surprise. Les femmes consultent plus les psys que les hommes. Toutes les études le montrent.

Même chose avec les jeunes. Ce sont des catégories pour lesquelles il apparait plus naturel de se faire aider. C’est, je crois, le poids de tabous et aussi des représentations du cancer et des psys encore en vigueur dans notre société.

Comment se déroule le suivi psychologique du patient après la rémission ?

Le suivi psychologique est très important pendant la première année, avec le retour au travail, le fait de retrouver sa place dans sa famille, dans son couple… Une rémission peut être un moment pour faire le ménage dans sa vie. Ce sont des changements importants qui nécessitent un suivi.

Après un an, si des améliorations sont constatées, on espace les séances et on met fin au suivi. Sinon, on oriente vers d’autres professionnels. Par exemple, ici, à l’Institut Curie, nous travaillons beaucoup avec les psychologues des Accueils cancer de la ville de Paris.

Ces pratiques s’adressent-elles exclusivement aux malades ?

Non, nous pouvons également prendre en charge l’entourage. Parfois le patient réagit bien, mais ce sont les proches qui ont besoin d’un suivi. Or l’entourage doit être « soutenant », notamment avec le développement de l’hospitalisation de jour, quand le patient rentre chez lui après ses soins.

Source : L’Express

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